Depuis plusieurs mois, les signes d’un basculement s’accumulent aux frontières de l’Europe. Discours belliqueux, réarmement accéléré, tensions diplomatiques à répétition : le climat rappelle des heures que l’on croyait révolues. À Bruxelles, Berlin ou Varsovie, les stratèges militaires ne parlent plus de simples hypothèses, mais de scénarios probables. L’idée même d’une confrontation armée, longtemps reléguée au rang de fiction géopolitique, s’installe désormais dans les esprits.
Faut-il s’y préparer comme à une évidence, ou croire encore à la possibilité d’un sursaut diplomatique ?
Les prémices
Hôpitaux en état d’alerte
Révélée par Le Canard Enchaîné, une lettre datée du 18 juillet 2025 a été envoyée aux agences régionales de santé. Elle demande aux hôpitaux de se tenir prêts à accueillir des milliers de soldats blessés, français et étrangers, en cas de « conflit armé généralisé » sur le continent européen d’ici mars 2026. Selon le document, des centres médicaux pourraient être installés à proximité des ports et aéroports afin de réacheminer les militaires vers leur pays d’origine. Un scénario qui rappelle que la planification militaire dépasse désormais les champs de bataille pour s’étendre aux infrastructures civiles.
Un guide de survie pour la population
Parallèlement, le gouvernement prévoit de distribuer à l’automne un livret intitulé Tous résilients, destiné à sensibiliser et préparer la population aux crises. Rédigé par le secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale, ce fascicule d’une trentaine de pages repose sur trois axes : se préparer, se protéger, et s’engager. Les citoyens y trouveront des conseils pour s’abriter, reconnaître les alertes officielles, constituer un kit de survie et même envisager un engagement comme réserviste. « La guerre n’est qu’une partie d’une sous-partie », précise une source proche du dossier, mais le message est clair : le gouvernement anticipe un avenir incertain et souhaite renforcer la résilience de la nation.
Réarmer l’Europe : une course à la puissance face au spectre de la guerre
La France muscle son budget militaire : 100 milliards en ligne de mire
Depuis juillet 2025, Emmanuel Macron a donné le ton : la France portera son budget militaire à 64 milliards dès 2027, deux ans plus tôt que prévu, et vise le « poids de forme » des 100 milliards par an d’ici 2035.
Ce réarmement, inscrit dans la trajectoire fixée par l’Otan (3,5 % du PIB), s’appuie sur un constat partagé par le chef de l’État et son état-major : la menace russe est « permanente, organisée et durable ». Pour la France, il s’agit de « durcir le modèle et gagner de la masse », en investissant dans les nouvelles technologies, les réserves, et de nouvelles formes d’engagement citoyen.
Un débat budgétaire vif en France
Mais ce tournant soulève des interrogations. La Fondation IFRAP rappelle qu’avec une trajectoire plafonnée à 90 milliards d’euros en 2030, la France ne dépasserait pas 2,6 % du PIB, loin des 3 % nécessaires. Pour atteindre la cible, il faudrait franchir la barre symbolique des 100 milliards dès 2030, voire viser 122 milliards pour 3,5 %.
La Fondation met en garde : sans un ajustement de la Loi de programmation militaire (LPM), le pays risque de rater l’objectif, sauf à s’appuyer sur le plan européen ReArm Europe proposé par Ursula von der Leyen, qui autoriserait à déroger aux règles budgétaires en cas de dépenses de défense accrues.
ReArm Europe : un plan continental à 800 milliards
Présenté en mars 2025, le plan ReArm Europe pourrait libérer près de 800 milliards d’euros sur 4 ans. Il permettrait aux États de s’endetter davantage en excluant certaines dépenses militaires du calcul du déficit.
Pour la France, cela reviendrait à dépasser 3 % du PIB consacré à la défense dès 2029, mais principalement par endettement. Une équation complexe, alors que Paris refuse d’augmenter les impôts et cherche à préserver sa protection sociale.
L’Allemagne : le retour du géant militaire
Pendant ce temps, l’Allemagne a enclenché une véritable révolution stratégique. Après la création d’un fonds spécial de 100 milliards en 2022 pour rattraper des décennies de sous-investissement, Berlin a annoncé en 2025 un budget militaire de 108,2 milliards d’euros en 2026.
Cela fera de l’Allemagne la première puissance militaire européenne en volume budgétaire, devant la France. Son objectif est clair : bâtir « l’armée conventionnelle la plus puissante d’Europe », avec des commandes massives de blindés, avions de chasse et systèmes de défense.
Une Europe sans parapluie américain
Le moteur de cette course à l’armement est aussi politique : le retrait progressif des États-Unis du soutien à l’Ukraine et la montée de discours isolationnistes à Washington (Trump, J.D. Vance) ont fait trembler la sécurité européenne.
Pour Jean-Pierre Maulny (IRIS), il est crucial que ces efforts soient coordonnés à l’échelle de l’UE : « Personne ne peut assurer seule sa défense. » L’articulation entre les plans allemands, français et européens sera décisive.
Ce que nous en pensons chez Prep4Crisis
L’Europe fait face à de multiples menaces, et l’éventualité d’une guerre n’a jamais semblé aussi crédible depuis des décennies. Habituées au confort et à la facilité, nos populations ne sont pas préparées à un tel choc.
En cas de conflit, le danger viendrait probablement du ciel : bombardements, frappes de missiles, attaques à distance. Il est peu probable que des soldats ennemis se déploient physiquement jusqu’aux portes de la France.
Or, nos infrastructures économiques et énergétiques n’ont jamais été aussi vulnérables. C’est pourquoi il devient crucial d’apprendre à renforcer notre autonomie et à adopter des réflexes de survivalisme, non par obsession, mais par prudence face à l’imprévisible.